A Saint Julien... Poème pour un concert
La belle abbatiale s'est emplie petit à petit
Et tous, bien sagement se sont assis et blottis.
L'obscurité soudain enveloppe l'assistance.
Notre chef, silencieux, dans la nef s'avance.
Alors nos voix s'élèvent depuis les bas-côtés
Et transportent vers la voute un Alléluia ailé
Qui saisit le coeur et suspend l'instant présent.
Dans l'ombre, des yeux embués écoutent intensément.
Dans la lueur qui naît, nous fredonnons bouche close
Et vers la croisée du transept nous glissons en osmose.
Bientôt se murmure un chant aussi léger qu'une brise,
Un souffle qui ondule et envoûte les âmes éprises.
Puis l'hymne marial empli de la douceur exaltée d'une prière,
Vient honorer la puissance et l'amour infini d'une mère.
La lumineuse ambiance varie et se décline en plusieurs tons
Pour accompagner la musique créée par nos corps à l'unisson.
Embrassant tout de son dôme céleste, scintille le crépuscule,
Nous offrant sa douce protection en un somptueux Ohtul.
Puis le voyage nous pousse sur la mer en vagues déferlantes
Qui nous entrainent dans le sillage d'une houle oscillante.
Et nous voilà bientôt dans un mystérieux bois énigmatique
A la fois insouciant et inquiétant, tout un univers onirique.
Mais décidément la nuit est trop belle et mérite le recueillement
Où seule luit une unique flamme dans le noir firmament.
Dans le calme fait alors irruption un extravagant poëte
Qui déclame avec énergie un texte sans queue ni tête
Gadji explose, plein d'audace, de liberté, de folie,
Avant d'accueillir à nouveau le silence délicat de la nuit.
Mais l'interlude nocturne est de courte durée
Car les musiciens se mettent à tambouriner
Avant de céder la place au flamboyant hommage
A la fois puissant et feutré, splendide témoignage.
Vient ensuite le bruissement de la subtile délicatesse
D'une déclaration d'amour pleine de tendresse.
Quand tout à coup, à pas de loup, les hommes s'en vont,
Le choeur vibrant des femmes loue les divines bénédictions.
Et lorsque enfin tous se réunissent autour des percussionnistes,
Un feu de joie embrase et dynamise tous les choristes.
La vitalité et l'ardeur nous animent en un Salve Regina grandiose,
Ouragan de passion et d'allégresse qui éclate en apothéose.
A la vitalité succède la cristalline beauté des coupes vibrantes
Et toute la subtilité de la grâce d'une pluie d'étoiles scintillantes.
Nous saluons, heureux et fourbus, avant de nous soutenir, enlacés,
Et de laisser s'envoler au dessus des falaises, l'oiseau de la liberté.
