Mortel combat
A y est ! La machine à me tortiller les boyaux tourne à plein régime
Il s'est réveillé le serpent roulé en boule au fin fond de mon abîme
Et la bête, tapie dans l'ombre , qui guettait sa proie, a jailli et me tourmente
Mettant mes intérieurs sens dessus dessous et me communiquant sa peur délirante
Mais peur de quoi grand Dieu ? Peur de faire une boulette au boulot?
Peur de ne pas y arriver, d'être dépassée, débordée, stressée, trop c'est trop?
Peur d'être mal jugée, jugée tout court, taxée d'incompétente, rejetée?
Mais tant mieux! Car j'aurai enfin une occasion de changer ma vie, de m'élancer...
Et voilà, la nuit s'est passée, folle, délirante, rebondissante, épuisante
Faisant taire le serpent car trop occupée pour y penser, le cerveau pas en mode détente,
Cet homme venu mourir entre nos mains malgré le déchainement de nos soins
Malgré les massages se relayant sans cesser, d'ici il était dèjà parti très loin
Malgré les doses massives sensées soutenir son coeur et l'empêcher de décrocher
Malgré toutes nos énergies, nos suées, nos efforts, rien n'a pu l'arréter
Il nous a parlé et puis plus rien, le départ, la montée, la vie qui s'envole
Quoi que l'on fasse, les cartes sont déjà jouées, et il a dû nous regarder par dessus nos épaules
Sa famille effondrée, la brutalité de la mort qui frappe sans prévenir
En quelques jours, la vie courante se transforme en un non-avenir
Pas le temps de s'habituer, c'est un cataclysme dans un ciel sans nuages
Le mari, le père, le frère, d'un coup, traverse le fleuve sombre et laisse les siens sur le rivage
Incompréhensible, inacceptable, intolérable, violentissime, la mort est un gouffre sans fond
Où disparaissent ceux qui y sont plongés, sans possible remontée, et sans aucune explication
Laissant les vivants désemparés, éplorés de perdre leur être aimé, ignorant tout de cette réalité
Et pourtant sachant très bien qu'il y a une frontière infranchissable entre eux et cette fatalité .
Ciel tourmenté, la vie et la mort, à jamais liées . Guadeloupe.
