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écrire pour survivre
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20 novembre 2014

motivation ? vocation ?

Je fais mon boulot du mieux que je le peux, en me préoccupant avant tout du patient, de sa sécurité,  de son bien-être. Je respecte les protocoles, l'hygiène,  l'aseptie, les prescriptions.  Je ressens de l'empathie pour les gens, je fais tout pour qu'ils souffrent le moins possible, physiquement et moralement. Je me donne, je suis patiente, je ne rechigne pas, je suis solidaire . Mais au final, quand je réfléchis 10 secondes, je reconnais que je n'en ai rien à foutre de mon boulot. Ce que je veux dire c'est que si demain, je peux être libre de faire tout ce que je veux, sans aucune entrave, que je n'ai plus besoin de gagner ma vie pour vivre, et bien je ne retournerais pas à mon travail. Sans aucune hésitation.  Jamais. Je veux dire, il y a plein de gens qui se passionnent pour leur boulot, ils l'adorent et ils le font avec grand plaisir. Genre ce n'est même plus un boulot , tellement ils se régalent, et ils l'exerceraient bien jusqu'à leur mort s' ils le pouvaient. Pas moi. Je n'en peux plus de bosser de nuit, la nuit j'ai sommeil, je lutte constamment et le matin je suis explosée genre zombie shooté à la mariejuana pèrimée. La nuit est faite pour dormir et c'est un vrai régal de dormir, j'adore ! Mais ce n'est pas que je préfèrerais travailler de jour et me réveiller à 4h pour embaucher à 6. Je n'en ai rien à foutre de mon boulot car il ne me plait pas, je n'ai pas de plaisir à l'exercer. J'aime piquer, m'occuper des gens, réussir à faire les choses bien en y mettant mon coeur pourtant. Mais quand même,  il ne me plait pas. Je le fais parce que j'ai besoin de mon salaire. Je le fais pas nécessité.  Je ne suis ni motivée ni passionnée. 

Alors je me pose la question de ma motivation primitive à le faire. Qu'est-ce qui m'a poussée dans cette voie? Je voulais être utile.  Certes, il y a des milliers de métiers utiles. Je voulais être utile aux autres, aider les autres, toujours ce désir d'adolescente passionnée qui voulait changer le monde, l'embellir, abolir le mal. Le même désir qui me donnait l'envie très forte d'adopter des enfants , il y en a tant de malheureux et de mal aimés, et la souffrance que des humains infligent à d'autres humains m'a toujours énormément touchée et me touche encore et me touchera toujours. Pourtant je n'ai adopté personne car je ne suis pas tombée sur les "bons" conjoints et aujourd'hui je me dis que ça aurait été une tâche énorme , un immense sacerdoce et que peut être,  ma vie ce n'est pas forcément de tout donner aux autres en m'oubliant totalement , que ma vie cela peut être aussi me faire plaisir et me rendre heureuse. Moi . Pourquoi pas ? Un truc que je n'envisageais pas du tout . M'occuper de moi. De mon bonheur. Après tout,  moi aussi je suis une humaine, comme les autres.

Je n'ai donc pas adopté . J'ai eu un conjoint , puis un autre, j'ai fait des enfants et j'ai toujours appliqué ce principe du "je m'oublie totalement pour m'occuper des autres". Résultat: épuisement,  burn out, colère, révolte . Ignorer à ce point ses propres besoins c'est élaborer au creu de soi-mème une bombe d'une intensité comparable à l'énergie que l'on déploie à se gommer. Et quand elle noue pète à la tronche ça fait méga mal et personne ne comprend rien. 

C'est l'histoire de ma vie, privée et professionnelle. Mais voilà,  c'est "bien" de faire cela, se sacrifier pour mieux servir les autres . Très masochiste. Très féminin aussi . Et très maternel. Mais on y gagne une respectabilité , un respect des autres, teinté d'admiration pour notre grand coeur, et aussi de pitié . Oui on nous plaint ! Quelle vie tu mènes ! Tu gères tout de front, tu dois être épuisée . Tu es une super nana . Vraiment quel courage ! Et là je dis. C'est quand même tordu . Donc je me pose la question : pourquoi? Pourquoi mes choix de vie, de carrière?  Pourquoi ce masochisme, cette abnégation? Quel paradis est-ce que je cherche à gagner par ma vie vertueuse? 

La réponse est claire, elle est inscrite en moi depuis des lustres, je ne suis pas originale, je ne suis pas allée chercher bien loin, j'ai juste fait comme maman, qui est la reine incontestée du masochisme maternel, marital, professionnel, universel. La présidente éternellement élue de la république du "je me fais mal, je me fais souffrir et je m'interdis tout bonheur et tout soin de moi et toute attention à mes besoins propres"  quand à savoir le pourquoi d'un tel comportement maternel, il faut remonter loin . Une faute à expier sans espoir de grâce ? Une peine à ne jamais oublier? Certes . Et quoi de mieux que de se rouler dans la fange de la souffrance pour se souvenir de la souffrance? Un comportement familial certes un peu désaxé mais transmis de génération en génération. Et quel moteur pour vivre ! Vous avez du mal à vous lever le matin? Voilà une motivation , le masochisme. Si vous souffrez, vous vivez . Maman ne sait pas vivre autrement. S' attacher à son malheur pour ne pas se retrouver sans rien . Très angoissant le néant. Quand on n'a jamais appris le plaisir, on ne sait pas faire, alors on reste dans la souffrance , dans ce qu'on connait, c'est plus rassurant . Souffrir pour se sentir exister. Voilà Maman. Et peut être mamie et peut être encore d'autres ancêtres je ne sais pas. 

Alors moi, je n'ai pas dérogé à la règle. Pour rester dans la famille et l'amour de mes parents, je me sentais obligée de faire comme eux : souffrir pour exister. Je veux être utile. Car s' occuper de soi, écouter ses propres désirs, aller vers ce qu'on aime, être libre, fière de soi, s' aimer soi-même, dans ma famille ce n'est pas "bien" , ce n'est pas acceptable et sortir du rang, donc de l'amour de mes parents n'était pas envisageable, bien trop angoissant . 

Donc quoi de mieux que d'imiter maman en tous points ? Le métier, la manière de l'exercer, de nuit, salariée, faire des heures supplémentaires,  travailler comme un forçat . Mais aussi la vie privée . Se lier à quelqu'un qui n'est pas bon pour moi, être malheureuse, tout donner à ses enfants. Faire deux enfants à 10 ans d'intervalle. Former des couples bancals, non épanouissants, des couples qui s' avèrent être des échecs violents, remplis de souffrance à la rupture. Souffrir, souffrir, pour gagner sa vie et être la digne fille de maman. Se faire plaindre. 

Quels choix auraient été les miens avec une autre hérédité,  un autre environnement,  une autre éducation, un autre "élevage"?

Puis-je ici et maintenant,  changer de vie? 

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  • Mon expérience, mon aventure... textes et photos de l'auteure, à part les plus anciennes , jusqu'à ce que je réalise que j'avais envie d'illustrer mes écrits avec mes propres clichés. Je m'appelle Solemum car Soledad était déjà pris...
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